10/06/2020 - 11:41

Covid-19, monde d’après et communication d’influence : le grand chamboule-tout ?

La crise sanitaire causée par l’épidémie de SARS-CoV-2 représente un épisode inédit par sa nature et son ampleur dans l’histoire récente. Déjà, parce que la crise sanitaire s’est rapidement mue en crise économique, qui a elle-même conduit à une crise sociale puis sociétale, poussant chacun à se questionner sur le fonctionnement du système, le rôle que l’on y joue et l’influence que l’on peut y avoir. Ensuite, parce qu’il s’agit d’une crise mondiale, fortement médiatisée, qui rend possible la comparaison de la gestion par pays : capacité hospitalière, rapidité des mesures prises, transparence...

Sur ce nouvel échiquier de la popularité politique, l’Italie, l’Espagne faisaient figure de mauvais élèves quand Taïwan et l’Allemagne étaient premiers de la classe. Et sans surprise, on a vu se dresser un tableau apocalyptique pour les systèmes populistes ou autoritaires : mensonges et chiffres aberrants pour l’Iran, La Russie, La Chine ou La Corée du Nord ; cirque médiatique aux conséquences dramatiques pour les États-Unis, le Royaume-Uni, le Brésil ou la Pologne. Mais la crise n’a pas pour autant servi à redorer le blason de nos démocraties libérales.

En France, elle est survenue dans un contexte de défiance particulier ; car si Emmanuel Macron est un parfait fruit du « système », il ne faut pas oublier qu’il a été élu grâce à un mouvement de « dégagisme » qui a mis hors circuit les partis traditionnels et leurs sempiternels représentants. Depuis, le président a essuyé la crise des Gilets Jaunes, la grève des transports face à la réforme des retraites, la montée en puissance de groupuscules de désobéissance civile comme Extinction Rebellion... Et cette défiance est régulièrement mesurée par les études d’opinion comme le Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF1, qui nous rappelle que la lassitude, la méfiance et la morosité sont les principaux sentiments des Français vis-à-vis de leur classe politique, et ce, avant même l’apparition imprévue du Covid-19. Le virus, agissant comme catalyseur de cette dynamique, a permis à la défiance d’atteindre de nouveaux sommets, boostée par l’action de facteurs endogènes (une communication gouvernementale décriée pour son manque de clarté et les injonctions contradictoires) et exogènes (manque d’information de la part de la Chine sur la nature de l’épidémie à son apparition).

La crise de confiance envers la classe politique française pourrait à terme conduire à une crise institutionnelle : celle de la légitimité de la classe politique actuelle à défendre l’intérêt général - d’autant que le gouvernement s’en est remis à un conseil d’experts pour prendre des décisions... et assumer les erreurs. En France comme ailleurs, les citoyens questionnent les origines de la crise, la rapidité et la pertinence des réponses apportées par leurs dirigeants ; mais surtout ses effets sur notre développement en tant que société et observent de manière critique les scenarii de sortie proposés et les trop nombreux commentaires sur le concept, déjà éculé, du “monde d’après”...

La situation provoquée par le Covid-19 en France semble susceptible de mener non pas à une, mais deux crises : une crise des représentations collectives et une crise de la représentation politique, qui doivent interroger sur nos pratiques de communication d’influence.

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