22/01/2020 - 09:39

"Des Français en panne de confiance. Et si on défiait la défiance ?" par Pauline Rivière

Prêteriez-vous quelque chose à quelqu’un en qui vous n’avez pas confiance ? Il est fort probable que votre réponse à cette question soit : non.
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Valeur psychologique et politique, la confiance est toujours plus invoquée et désirée. Dans notre démocratie représentative, où les représentants ne sont que les dépositaires d’un pouvoir qui appartient au peuple, le maintien ou le rétablissement de la confiance sont devenus de véritables enjeux face aux tensions et fractures qui traversent notre société. Son érosion est identifiée comme un facteur de la perte de vitalité de notre démocratie, mais qu’en est-il véritablement ? 

Prendre la température

La défiance résultant de la perte de confiance apparaît comme une véritable pathologie dans notre démocratie. Analysées par les instituts de sondage et les personnalités politiques, relayées par de grands médias nationaux, les cotes de confiance sont scrutées. Cotes de confiance du président de la République, du Premier ministre, du Gouvernement etc., l’intérêt pour ces sondages est révélateur d’un certain malaise politique et de son personnel. Un parallèle est d’ailleurs souvent réalisé entre cotes de confiance et de popularité, comme si la première était le corollaire de la seconde. Mais la mesure révèle surtout une chose : la perte de confiance dans le personnel politique est perçue comme dangereuse pour la démocratie. 

Ce manque de confiance se traduit par le sentiment souvent exprimé par les Français de ne pas être suffisamment bien représentés. Et les conséquences sont importantes : le taux d’abstention aux élections est élevé, les syndicats et partis politiques perdent leurs adhérents, les extrêmes progressent. Entre manque de confiance, remise en cause de la légitimité du personnel politique et désengagement citoyen, il ne pourrait en effet n’y avoir qu’un pas. 

Des solutions coups de com’ ?

Premiers protagonistes de cette quête de confiance, les femmes et hommes politiques ont tendance à se réfugier derrière la promotion de la transparence. Elle est devenue un véritable outil de légitimation mais aussi de communication, une manière de montrer que, non, tout.e.s les femmes et hommes politiques ne sont pas des tout.e.s pourri.e.s/tout.e.s corrompu.e.s. Depuis l’affaire Cahuzac, l’enjeu de la transparence n’a jamais été aussi prégnant. Pour autant, son efficacité semble très limitée sur le gain de confiance. Sa promotion semblerait même susciter un regain de suspicion. Récemment, la découverte des quatorze fonctions de Jean-Paul Delevoye a entrainé une véritable chasse aux sorcières autour de son successeur. Une espèce de paradoxe de Tocqueville de l’insatisfaction croissante se dessinerait-t-il sous nos yeux ? L’impératif de transparence répond-il ainsi à l’inquiétude des citoyens ? Rien n’est moins certain. 

Outre la promotion de la transparence, les décideurs publics ont tendance à vanter les mérites de la démocratie participative. Grand débat national, Convention citoyenne pour le climat ou encore référendum d’initiative citoyenne, les dispositifs se multiplient. Mais là encore on constate que ces formes de démocraties participatives semblent davantage être un outil de légitimation de l’action politique qu’un moyen pour les citoyens de gouverner.  Par ailleurs, il est très probable que l’aspiration à davantage de participation serait moins présente si les citoyens se sentaient mieux représentés. 

Une chose est certaine, ce ne sont pas de grands coups de com’ qui permettront de faire régner la confiance. Pour la gagner, il convient avant tout de lutter contre des craintes, des soupçons, un sentiment d’insécurité ou de trahison. Car la confiance… ça se mérite ! 

Des Français défiants … mais engagés !

La question qui doit avant tout être posée est de savoir si l’érosion de la confiance envers les représentants politiques a des répercussions négatives sur notre démocratie. Bien souvent, le lien est trop rapidement fait entre défiance et désintérêt pour la politique. Bien sûr, certains citoyens abstentionnistes, qui n’ont pas confiance en ceux qui les gouvernent, ne se sentent pas concernés par les questions politiques. Mais ne faisons pas de généralités. 

En effet, les Français se mobilisent. En témoignent les manifestations des Gilets Jaunes, plus récemment celles contre la réforme des retraites, mais aussi de nouvelles mobilisations citoyennes, comme l’engagement des jeunes pour la défense de l’environnement. Des milliers de lycéens et d’étudiants agissent aujourd’hui pour faire du développement durable une priorité dans les choix politiques et économiques. Et les disciples de Greta Thunberg ne sont certainement pas les moins dotés en capital culturel et les moins désintéressés par la politique. Leur mobilisation est le symptôme d’un manque de confiance envers les femmes et hommes politiques dans leur capacité à lutter contre le changement climatique. Il s’agit d’un appel à la mobilisation, à la prise de conscience à la fois politique et citoyenne de l’urgence climatique. Preuve que la défiance ne constitue pas un motif de désengagement et de mobilisation citoyenne et qu’il convient de remettre en cause l’amalgame qui peut être fait entre défiance et désintérêt pour la chose publique. 

Les citoyens peuvent en effet s’exprimer autrement que par la voix de leurs représentants. Quand leurs préoccupations ne sont plus entendues, quand les négociations et le dialogue avec les gouvernants deviennent difficiles, ce type de mobilisation constitue un outil démocratique. 

Dans la course effrénée de la mondialisation, à l’information, au changement, les décideurs et observateurs doivent prendre le temps de considérer les fortes attentes des citoyens et analyser les nouvelles formes de mobilisation comme un appel à rétablir une relation de confiance entre les élus et leur peuple. Il faut saisir les origines de la défiance pour apporter une réponse viable aux doutes exprimés. Car la confiance est sans nul doute la pierre angulaire de relations sociales apaisées. 
 

Pauline Rivière, Consultante Influence