19/02/2020 - 12:49

"Municipales 2020 : l’arbre en ville qui cache la forêt de béton" par Antoine Tredez

L’arbre en ville est devenu la proposition « écologiste » phare de ces élections municipales. Mis en avant par les équipes de campagne dans tous les programmes politiques, il symboliserait à lui-seul la réponse aux attentes sociales sur la transformation.
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Impossible d’être candidat aux élections municipales, et de ne pas proposer de planter des arbres en ville. Devenu un « must have » de tout programme qui se respecte, totem vert du Maire du XXIeme siècle, comme autrefois le « Maire bâtisseur » promettait centres commerciaux ou médiathèques, il occulte par sa valeur symbolique toute une série de propositions écologistes sérieuses et conséquentes. 

Non, quelques arbres en ville ne font pas une forêt 

Si la proposition d’intégrer plus d’arbres en ville a essaimé dans les programmes politiques, cela tient avant tout à la place prise par la forêt dans l’imaginaire collectif. Lieu des affects par excellence, elle concentre à la fois nos fantasmes sur la nature et l’enjeu de la protéger face au changement climatique. Plus grande surface sylvestre européenne, la forêt française est en plus une fierté nationale, fruit de l’État planificateur depuis Colbert et l’Administration des Eaux et Forêts. 

Elle est surtout, bien plus que quelques arbres et selon sa définition communément acceptée, « une étendue boisée grande, dense à l’écosystème complexe et riche ». S’il existe des « forêts urbaines », elles sont elles-mêmes une catégorie spécifique de nos forêts, et désignent simplement celles qui sont insérées dans des aires urbaines, comme le bois de Vincennes à la lisière de Paris et du Val-de-Marne.

Bien loin des opérations de communication électorale qui font  de la plantation d’une poignée d’arbres en ville une révolution sylvestre et écologique, il convient donc de répéter cette évidence : quelques arbres plantés en ville ne font pas une « forêt urbaine ».

L’arbre en ville est utile, dans un plan d’urbanisme global

L’arbre en ville a pourtant des atouts, déjà largement documentés. Les espaces boisés permettent effectivement d’abaisser la température de nos villes de 0,5° à 2°, avantage non négligeable quand le changement climatique rend nos métropoles toujours plus étouffantes d’un été à l’autre. Il permet également de recréer des ilots de biodiversité, donnant aux oiseaux et aux insectes un refuge bienvenu. Selon l’ONG Nature Conservancy, planter massivement des arbres pourrait ainsi améliorer significativement la santé des urbains, sauvant même de 10 000 à 37 000 vies par an, en réduisant la pollution de l’air et en apportant de la fraîcheur dans les rues.

Mais de la transformation de quelques places parisiennes en prétendues « forêts urbaines » à l’alignement d’une rangée de platanes dans certaines rues, ce qui pouvait faire l’objet d’une mesure intelligente au sein d’une transformation globale de l’urbanisme de nos communes s’est transformé en une nouvelle incarnation du « greenwashing ».

Les chercheurs travaillent pourtant depuis des années à définir comment revoir entièrement l’urbanisme des villes. Leurs productions scientifiques ont éclairé la nécessité de soutenir les trames vertes et bleues, et se traduisent, déjà, dans des recommandations officielles de l’Agence française de la Biodiversité, et du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire.

La vacuité de la communication politique

Les candidats et la cohorte de communicants qui les accompagnent auraient pu trouver dans toute cette littérature une inspiration salutaire, pour nourrir un débat sérieux sur le devenir de nos villes à l’occasion des élections municipales qui se tiendront en mars prochain. 

Ils auraient également dû intégrer que c’est la perte de sens du langage utilisé par les communicants qui conduit à la défiance politique des citoyens. En vidant les mots et les symboles de leur portée, en standardisant les propositions comme ici l’arbre en ville, ils ont rendu les candidats interchangeables, la politique aseptisée, et les citoyens imperméables à la communication électorale.

Le temps du politique n’est plus l’horizon du long terme. Les débats sur l’adaptation de nos villes au changement climatique ou sur la protection de nos forêts méritent mieux que des promesses « à effet waouh » qui ne donneront à l’évidence jamais les résultats attendus. 
Chers candidats, puisque les citoyens ne sont eux-mêmes plus dupes des plans de communication, ne faîtes plus de l’arbre en ville le totem de vos propositions vertes : travaillez véritablement à transformer la ville.