Il y a quelques jours disparaissait Françoise Héritier, ethnologue, anthropologue qui a cherché tout au long de sa vie à comprendre la nature de la domination masculine dans les sociétés. Alors que les hashtag #Metoo et #Balancetonporc continuent de faire résonner la scène médiatique, notre directrice de clientèle Roxane Baux revient sur les enseignements issus des travaux de cette grande figure du féminisme.  

L’anthropologue l’a toujours affirmé, « il n’y a aucune raison objective, biologique, naturelle qui impliquerait une infériorité féminine et une supériorité masculine. Les deux sexes sont différents mais la nature ne dit rien en termes de hiérarchie ». Pourtant la distinction entre le féminin et le masculin est universelle et « partout, de tout temps et en tout lieu, le masculin est considéré comme supérieur au féminin ».

Comme élément déclencheur de sa révolte, elle raconte comment à l’âge de 7 ans, alors que la France est en guerre, elle est envoyée dans sa famille en Auvergne. Elle observe alors que les femmes ne s’assoient pas à la table, réservée aux hommes, et qu’elles ne mangent que les restes. « Cela voulait dire qu’elles ne mangeaient pratiquement pas de viande, ce qui a son importance dans l’histoire de l’évolution. »

Pour Françoise Héritier, la force physique masculine n’a rien de naturel, depuis la préhistoire, les hommes se sont réservés les protéines qui leur ont permis de développer leur force et leur ossature au fil des siècles. Comme en témoigne le titre d’un de ses ouvrages « Hommes, femmes : la construction de la différence », la différence entre les hommes et les femmes est selon elle, une construction de l’esprit et non une réalité biologique. Elle fait ainsi l’hypothèse que la « valence différentielle des sexes » résulterait en fait de la volonté des hommes, incapables d’enfanter, de contrôler la reproduction.

Il s’agirait ainsi de la raison pour laquelle il est si difficile aujourd’hui de lutter contre les inégalités sexuelles. Le changement des mentalités doit ainsi inévitablement passer par une transformation de la vision masculine. A ce titre, il appartient à présent aussi aux entreprises, aux pouvoirs publics, à la société civile de réfléchir à des mesures, des projets qui pourront amener à cette transformation sociétale et à l’éclatement du plafond de verre.

La multiplication des scandales de harcèlement et d’agressions sexuelles par des hommes pourrait constituer le moment opportun pour amorcer ce changement de mentalité. La parole des femmes se libère et doit faire prendre conscience aux hommes de l’urgence d’engager une évolution de leurs comportements, leurs paroles et leurs attitudes. Françoise Héritier avait elle-même réagit au mouvement #Metoo en affirmant que « c’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules ! Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes ».

Il est encore difficile d’évaluer les conséquences que pourront avoir ce soulèvement féminin, mais une chose est certaine, les travaux de Françoise Héritier forment indéniablement un héritage qui se révélera très utile pour œuvrer à la construction d’une société plus égalitaire.