04/11/2021 - 09:46

Le vote utile : la capitulation de la gauche ?

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« Plus de la moitié des potentiels électeurs de Yannick Jadot (EELV) et Anne Hidalgo (PS) et 41% des sympathisants La France insoumise envisagent de voter pour Emmanuel Macron au premier tour et ainsi faire barrage à l'extrême droite ». Cette information, aujourd’hui relayée un peu partout dans la presse, interpelle et questionne. Et si Emmanuel Macron et son mouvement avaient finalement réussi à faire exploser tout l’échiquier politique ? Comment des sympathisants de Jean-Luc Mélenchon peuvent-ils envisager à 6 mois de l’élection de voter pour un candidat à l’opposé de bon nombre de leurs convictions ? Et si c’était le presque candidat Eric Zemmour qui était à l’origine de cette forme de capitulation des électeurs de gauche ? 

Adelaïde Zulfikarpasic, auteure de cette étude publiée par la Fondation Jean Jaurès1, l’admet elle-même, « à six mois de l’élection présidentielle, les sondages d’intentions de vote n’ont évidemment aucune valeur prédictive ». Cette étude réalisée sur la base d’un sondage BVA permet de mettre en avant une tendance particulièrement intéressante à analyser, celle de la résignation des électeurs de gauche à devoir se soumettre au vote utile en 2022, dès le premier tour. Mais comme l’arroseur arrosé, elle nous amène aussi à nous interroger sur le rôle des études d’opinion dans le choix du vote utile.  

Le vote utile, un vote par défaut 

Le vote utile c’est donc faire le choix d’éliminer un candidat plutôt que de choisir celui qui se rapproche de ses convictions. Ce choix prit tout son sens le 21 avril 2002, lorsqu’il a signifié pour les électeurs de gauche, faire barrage à Jean-Marie Le Pen arrivé au second tour, en votant pour Jacques Chirac. Mais à six mois de l’échéance politique, cette tendance nous pousse à un autre constat : celui d’un électorat de gauche déboussolé. Face à l’émiettement de la gauche et la multiplication des candidatures, les électeurs de sensibilité de gauche, mais non militants, sont perdus. Aucune figure de gauche ne parvient à rassembler, de sorte que le choix de la raison semble l’emporter sur celui du cœur et fait tomber en désuétude l’adage « au premier tour on choisit, au second tour on élimine »… Mais tout aussi intéressante que soit cette étude publiée par la fondation Jean Jaurès pour mettre en lumière une tendance, elle nous amène à nous questionner sur le poids des sondages dans le façonnage du choix politique. Car si à plusieurs mois de l’élection les électeurs semblent en grande partie résignés, c’est aussi parce que les divers sondages - et ici en l’occurrence une étude conduite par un think tank étiqueté de gauche - leurs apportent la preuve que de toute façon les candidats de la gauche n’ont aucune chance dans cette élection. 

Et si les sondages faisaient le lit du vote utile ?

Dans une tribune publiée dans Le Monde en avril 2017 le politiste Rémi Lefevre affirmait déjà « Désorientés, les électeurs de gauche se raccrochent à la boussole des sondages et cèdent à un vote utile qui est multiple ». Le vote utile serait donc la fin du choix idéologique pour le choix de la raison basé sur la science des sondages. Or on l’a déjà mentionné, les sondages à quelques mois d’une élection n’ont qu’une valeur indicative et permettent simplement de dessiner des tendances. Pourtant ils sont repris et commentés partout dans la presse, par les candidats et les sondeurs et présentés comme une forme de vérité quasi absolue. Face à ce constat, le journal Ouest France a annoncé qu’il couvrirait une campagne présidentielle « sans sondage ». Un choix audacieux et à contre- courant, ainsi expliqué par son rédacteur en chef François-Xavier Lefranc dans un édito daté du 23 octobre dernier « Le temps passé à commenter les sondages détourne les personnalités politiques et les médias de l’essentiel : la rencontre avec les citoyens, l’échange approfondi, le débat d’idées, l’écoute de ce que vivent les gens au quotidien, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs ». 

Et il a raison. Les sondages disent dès à présent que tout est joué pour la gauche, qu’il n’y pas de raison d’espérer. S’il est certes compliqué de croire en la présence d’une personnalité de gauche au second tour de la présidentielle, évoquer un vote utile dès à présent c’est se couper de tout ce qui forge une démocratie en bonne santé : le débat et la confrontation des idées. Alors peuple de sensibilité de gauche réveille-toi, les jeux ne sont pas encore faits ! Renoue avec tes idéaux, si ce n’est pour gagner la bataille, pour au moins y prendre part…

1https://www.jean-jaures.org/publication/presidentielle-2022-a-gauche-la-...

Roxane Baux